Implantation géographique de l’usine,

« Le paysage, encore rural au début du XIXème siècle, se hérisse bientôt de hautes cheminées et se tapisse de cités houillères. Les étroites vallées, que ceinturent les collines couvertes de vignes, déroulent un long ruban de maisonnettes identiques. Les quelques villages d’origine se perdent. La brique rouge et la tuile viennent supplanter la construction traditionnelle en pierre de pays.»

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Dès 1826 le Duc Decazes assisté de l’ingénieur Cabrol, crée la « Compagnie des houillères et fonderies de l’Aveyron ». Elle regroupe alors les mines et usines de Decazeville et de Campagnac, toutes deux naissantes. En 1827, l’industrie voit le jour sur le site Lasalle. La ville de Decazeville naît par ordonnance royale en 1833. De la même façon, l’exploitation d’Aubin est fondée par le comte de Seraincourt, qui achète la concession minière de Cransac, Combes, et Lapatie déjà existantes. Plus tard, en 1871, s’installe à Viviez la société belge «Vieille Montagne» pour l’exploitation du Zinc. Très vite viennent se greffer plusieurs usines : grillages, acide sulfurique, supra phosphates, briqueteries, verreries…. En un siècle à peine, le site jadis infranchissable et isolé de tout, prend vie attirant une population étrangère de masse.

 

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Decazeville au temps de l’industrie

Hormis l’implantation des installations houillères, les constructions ne firent pas l’objet de planification. Les ¾ des terrains plats appartiennent aux compagnies condamnant les habitants à construire aux abords des exploitations, près des ruisseaux ou sur les pentes escarpées de la vallée. Les limites communales ne changent pas, les chemins se transforment en routes ; les lieux-dits, ont très vite été absorbés par la ville, pour prendre une allure de quartier. La ville subit l’inclinaison du terrain ( ruelles escarpées, maisons à 2 ou 3 étages) et s’appuie sur le parcellaire agricole existant.

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Un urbanisme socialement organisé

L’ensemble des habitations s’agence en fonction des unités de production et des volontés patronales, à l’origine des premiers aménagements urbains. Le clivage social s’inscrit clairement dans le paysage. A Viviez, le château du directeur et les maisons d’ingénieurs dominent l’ensemble de la cité. Le quartier dans le bassin fonde l’unité humaine plus encore que le logement. Les étrangers logent par ethnies dans des quartiers hors de la ville, les célibataires dans d’autres,….

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Au départ, et au fil des arrivées successives de populations massives, les constructions se sont faites dans l’urgence avec des matériaux légers : baraquements en bois, là où il reste de la place. Hormis Decazeville, le reste du bassin avait l’allure d’un énorme chantier jusqu’à la première guerre mondiale.

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L’idée de confort n’apparaît qu’à ce moment là, notamment avec la politique paternaliste à Viviez qui offre des maisons ouvrières en bandes à l’architecture dépouillée faite de briques ainsi que des services : coopérative du pain ouvrier, bains douches, garderie, école, gare de triage, hôpital, caisse d’épargne, église, jardin public, station électrique.

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Les villes du bassin se sont construites très rapidement, au coup par coup et à mesure des aléas des usines et de l’avancée de la découverte, allant même jusqu’à détruire certains quartiers. L’usine était l’élément fondateur de l’économie de la ville. Aujourd’hui, les exploitations ferment, les usines sont détruites petit à petit, les maisons inconfortables se vident, se pose alors la question de la reconversion de ces villes basées sur une activité éphémère ?

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La moindre parcelle de fond de vallée est urbanisée. L’extension urbaine s’oriente donc vers les versants, nécessitant une réflexion approfondie sur une nouvelle forme d’habitat.