Sous le signe du pastoralisme

Les relations économiques, qu’elles soient de proximité ou lointaines se sont certainement mises en place dès la préhistoire avec des flux migratoires entre Grands Causses et Avant Causses suivant les contraintes climatiques (la dernière glaciation du würm étant peu favorable à l’installation des hommes de Cro-Magnon sur ces hautes terres).
Le Larzac est une voie de passage historique entre Auvergne et Languedoc : transhumance, voie romaine, voie royale… s’y sont succédées, favorisant les échanges économiques et installant relais, muletiers… et autres commerces liés à la route.

Carte de cassini vers 1800

Carte de cassini vers 1800

Le parallélisme des voies économiques (camins ferrats) et des voies de transhumance (drailles) prouve l’importance de la préservation des ressources pastorales: les templiers interdisaient l’arrêt des transhumants; seul le sud Larzac est devenu, en réponse à l’exode rural, une destination de transhumance au milieu du 20ème siècle.
La permanence de ces liens plateau / vallées ; bas pays / haut pays se traduit par l’importance des voies transversales aux causses et le rôle stratégique des ponts.
Le bois source d’énergie pour l’artisanat et l’industrie, se conjugue au pastoralisme pour aboutir au déboisement.

les grands ordres et les grands domaines

Au 12ème siècle, les templiers reçoivent des seigneurs locaux de nombreuses terres dont les revenus financeront leurs campagnes palestiniennes. A leur chute, les hospitaliers prendront le relais. D’autres ordres religieux possèdent de vastes territoires dans la région, notamment les cisterciens de Nonenque.
Leur emprise foncière conjuguée à la rareté de l’eau façonne durablement le paysage pastoral et les implantations urbaines. La richesse des terroirs des Avant Causses est à la fois génératrice et résultante de leur installation.

Saint Jean d'Alcas : fort villageois ayant appartenu aux cisterciens de Nonenque Bergerie fortifiée  de La Baume

Importance de la brebis et du Roquefort

La mainmise de l’élevage sur le territoire au travers de la production de Roquefort au 19ème siècle provoque une augmentation des pâtures au détriment des cultures vivrières (blé) et la rupture du binôme historique devèze – doline.
Le passage de la production ovine polyvalente (laine, peau, viande) à la production laitière exclusive s’est traduit par la spécialisation de la race Lacaune.

 Doline Grands Causses bocage Grands Causses

Epierrement des parcours pour leur mise en cultures vivrières

Malgré l’image pastorale, de vastes zones avaient une vocation fourragère. Certaine se traduisaient par une structure bocagère forte: secteurs marneux des Avant Causses, « Ségalas » du Larzac (calcaires à chailles du bajocien). Cette structure a été mise à mal par la disparition des ormes (suite à l’épidémie de graphiose) qui en étaient une des composantes principales.

Gérer l’absence d’eau

En réponse à l’absence d’eau de surface qui caractérise les milieux karstiques , l’architecture des Grands Causses est marquée par les recueils de l’eau. Les lavognes, toits citernes… en sont la traduction emblématique alors qu’abondent chéneaux, conduites ou citernes enterrés plus discrets.
L’omniprésence de la pierre et son débit particulier conjuguée à la faiblesse des ressources en bois ont également forgé l’identité d’une architecture basée sur la voûte.

toit-citerne-grand-causse lavogne-grands-causses

La force des résurgences et la fraîcheur des rivières des canyons sont magnifiées par l’aridité des plateaux qui les dominent.

Implantation du bâti : accroche territoriale forte et perte de repères

Depuis l’époque dolménique, l’implantation du bâti des plateaux, limitée par l’absence d’eau, est liée à l’exploitation des terres cultivables (dolines, terra rossa, ségalas) et varie dans l’espace et dans le temps avec la pression démographique.
La complémentarité des territoires paroissiaux puis communaux entre plateaux et vallées reliés par une transhumance de proximité contribue également au faible peuplement des plateaux.

Arc Diaphragme

Arc Diaphragme

Des marges industrieuses

Millau possède un passé industriel et social important, symbolisé au début du 20ème siècle par l’apogée de la ganterie.
Plus que le patrimoine industriel, ce sont les traces de certains modes de vie ouvriers qui marquent encore le paysage, comme en témoignent les nombreuses maisons de vigne dispersées au flanc des causses.
Au flanc du Lingas et de l’Aigoual, Saint Jean du Bruel cristallise un morceau de Cévennes en contrepoint des Grands Causses, avec tous les caractères que suppose cette appartenance: industrieuse, huguenote, urbaine…
Roquefort, village né de l’exploitation de ses caves, entretien aujourd’hui une agro-industrie qui rayonne au delà du site originel (laiteries, stockages, transport, main d’oeuvre saisonnière…)

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Vallée du Tarn : des terrasses à la rivière

Le territoire est marqué par l’importance ancienne d’un vignoble en difficulté de reconversion. Cette production, pour laquelle les versants ensoleillés ont été patiemment bâtis de titanesques terrasses, a longtemps constitué la mono activité d’une très large vallée du Tarn.
Son déclin, dû au mauvais choix de replantation après le phylloxera (production quantitative à l’image du Languedoc mais en concurrence avec celui-ci), s’est trouvé accentué par la fin de la vie industrielle de Millau.

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cave-a-vin-semi-troglodytes

Les caves à vins semi-troglodytes de la haute vallée du Tarn s’installent sur des éboulis qui permettent la ventilation par un système similaire à celui des fleurines de Roquefort. De récents travaux ont permis de préserver ce patrimoine bâti unique.